"Central Park" Guillaume Musso

Publié le par Liliane Langellier

"Central Park" Guillaume Musso

Comme en chacun de nous Central Park a sa part d’ombre. Mais contrairement aux nôtres, la sienne est localisable pour tous. Central Park West. Au niveau de la 72ème rue. Face au trop fameux hôtel Dakota. Il suffit alors de traverser la passerelle en fonte du Bow Bridge. Et de s’enfoncer dans cette forêt insolite.

C’est en ce lieu caché de la Grosse Pomme que se réveille Alice Schäfer. Flic hors pair du 36 quai des orfèvres. Mais qui n’est pas là pour refourguer de la blanche. Alice vient de quitter ses trois copines à Paris. Après une fiesta mémorable. Et une cuite redoutable.

Tous les bois se ressemblent. Comme en témoignent les premières sensations d’Alice qui se retrouve sur un banc rustique en bois brut : "D’abord le souffle vif et piquant du vent qui balaie un visage. Le bruissement léger des feuillages. Le murmure distant d’un ruisseau. Le piaillement discret des oiseaux. Les premiers rayons du soleil que l’on devine à travers le voile de paupières encore closes."

Avoir mal aux cheveux après une bamboula carabinée est une chose. Se retrouver sur un banc les membres ankylosés et la main droite menottée au poignet gauche d’un inconnu en est une autre.

En bon flic, Alice analyse la situation. Et vite. Où est-elle ? Forêt de Rambouillet ? Fontainebleau ? Bois de Vincennes ? Et son compagnon d’infortune ? Elle s’assure de sa vie en appuyant sur sa carotide. Parce que, tant qu’à faire, autant ne pas être menottée à un cadavre dans un endroit inconnu. Puis, elle établit mentalement sa fiche : entre trente-cinq et quarante ans, cheveux châtains, barbe naissante.

C’est quoi la farce ? « Un voyou qu’elle aurait mis au trou ? Un ami d’enfance qu’elle ne reconnaissait pas ? Non, ces traits ne lui disaient absolument rien. »

Pas de clé des menottes dans ses poches de jeans. En revanche « elle sentit un calibre, glissé dans la poche intérieure de son blouson de cuir Croyant retrouver son arme de service, elle referma ses doigts sur la crosse avec soulagement. Mais ce n’était pas le Big Sauer utilisé par les flics de la brigade criminelle. Il s’agissait d’un Glock 22 en polymère dont elle ignorait la provenance. »

La farce, elle, est un peu énorme. Hors le fait de se retrouver sur un banc inconnu menottée à un homme inconnu, Alice n’a plus sur elle ni portefeuille, ni carte de flic, ni papiers d’identité, ni argent, ni téléphone portable.

Une seule inscription au creux de sa main « une suite de numéros notés à la volée, comme une anti-sèche de collégien menaçant de s’effacer : 2125558900. »

Il est temps de réveiller le Bel au Bois Dormant et de lui poser la question vitale : « Qui êtes-vous ? Que faisons-nous ici ? »

Pas bien frais non plus le chevalier plus blanc que blanc. Pas aimable pour un rond : « Pourquoi m’avez-vous passé ces trucs ? Qu’est-ce que j’ai fait cette fois ? Bagarre ? Ivresse sur la voie publique ? »

Et surtout pas mieux loti que sa compagne : pas de larfeuille, pas de fric, pas de téléphone.

Lui, il s’appelle Gabriel Keyne. Il est américain. Habite L.A. Et comme il est pianiste de jazz, et que, la veille, il a joué à Dublin, il se croit donc à Wicklow. « Rambouillet », soutient Alice.

Ajoutez à ce charmant tableau champêtre que le chemisier d’Alice est taché de sang. Et que Gabriel découvre sur la manche de sa chemise une large compresse de tissu imbibée de sang coagulé « Gravé sur sa peau le nombre 141197 ressortait à coups d’encoches sanglantes. »

Première mission : bouger pour savoir où ils se trouvent. Après quelques pas hésitants (pas faciles quand on est menotté l’un à l’autre) ! « C’est alors qu’ils l’aperçurent (…) Un long pont couleur crème, orné d’arabesques et subtilement décoré d’urnes fleuries. Une passerelle familière aperçue dans des centaines de films. Bow Bride. Il n’était pas à Paris. Ni à Dublin. Il était à New York. A Central Park. »

Se retrouver sans fric sur un banc, c’est dur pour tout le monde. Mais se retrouver sans fric à New York c’est le risque immédiat, soit de se faire buter, soit de se faire ramasser.

Trois urgences s’imposent à nos deux lurons. Piquer un téléphone portable. Obtenir l’adresse de quelqu’un qui puisse avoir les outils appropriés pour virer les menottes. Et trouver du fric.

Aux grands maux les grands remèdes. Alice volera elle-même le portable d’un gamin latino. Elle pourra ainsi joindre Seymour, au 36, et obtenir une adresse pour les menottes. Pour y aller, Gabriel piquera une voiture. Et non sans regret, Alice acceptera que la montre Patek de son cher papa soit mise au clou dans une obscure échoppe de Chinatown.

Avec du fric, c’est déjà mieux. Avec un portable, tu es relié au monde. Sans menottes, tu es presque libre. Mais cela n’éclaire pas pour autant la situation. Comment une flic du 36 quai des orfèvres, se cuitant la veille avec trois copines sur les Champs à Paris, et un pianiste un peu éméché après un concert au Brown Sugar dans le quartier du Temple Bar à Dublin, se sont-ils retrouvés menottés sur le même banc à Central Park. New York ?

Pour Alice et Gabriel, cette enquête est une quête. Une quête des faits. Une quête de soi. Une quête haletante, longue de presque 400 pages. Avec rebondissements. Peur. Larmes. Emotion.Tous les ingrédients d'un bon polar. Un polar avec une dimension psy. Un polar qui vous touche au coeur. Et que l'on ne quitte plus une fois qu'on l'a en mains.

Enfin, à vous de voir… Car il ne s'agit pas ici de dévoiler ce qui est voilé.

Liliane Langellier

Commenter cet article